J’ai filmé en juin 2010 les événements qui ont suivi la mort tragique de Floribert Chebeya, activiste des Droits de l’Homme et personnalité reconnue dans tous les cercles des Nations unies et des ONG internationales. J’ai suivi la levée du corps, le deuil et l’enterrement très officiel et très médiatisé internationalement. Je suis également retourné fin août à Kinshasa pour, de manière beaucoup plus sereine et distanciée, rencontrer les principaux témoins de cet assassinat dont bien évidement la femme de Floribert, la femme du chauffeur toujours porté disparu, les collaborateurs directs de Floribert Chebeya au sein de l’ONG « la voix des sans voix ». En novembre 2010, le procès a commencé par les séances de procédures et a débouché en janvier 2011 sur l’audition des témoins et des inculpés. Cette dynamique juridique est essentielle pour juger de la maturité démocratique d’un pays africain. L’autorité judiciaire, en l’occurrence la cour militaire, est-elle capable d’exercer une justice impartiale ? Quels sont les arguments de la défense pour tenter de soustraire les prévenus à une condamnation ? Quelles sont les stratégies du ministère public et des parties civiles pour obtenir justice ? Comment la famille et l’ONG de Floribert pourront-ils obtenir réparation et indemnisation ? Pour la famille, les avocats, les ONG, ma présence comme cinéaste reconnu internationalement et plus particulièrement en RDC est une garantie. Et j’ai le privilège de bénéficier d’un statut de résident au Congo et de pouvoir y filmer sans trop de difficultés. Ce film est très attendu au Congo, et il constituera un travail de fond d’éducation et de sensibilisation à ces problèmes de justice, de résolution de conflits et, in fine, de paix civile entre les acteurs politiques et les différentes couches des populations congolaise et africaines, notre but étant de rendre sa mémoire à ce pays, avec une vision humaniste pour ne pas dire humanitaire avec un objectif d’éducation civile.